mercredi 26 août 2009

Sel de Vétiver, The Different Company


Je profite de ce que l'été nous accompagne encore un peu pour évoquer ce très joli parfum qu'est Sel de Vétiver.

The Different Company a pris le train du développement des parfums de niche assez tôt, et a eu le mérite certain de proposer une gamme assez restreinte et cohérente en veillant à ce que la distribution soit vraiment luxueuse et exclusive. Pour autant, les jus créés, d'une qualité évidente, ne jouent pas les hard-to-get : il y a là au contraire des compositions neuves, contemporaines, qui mettent en valeur de belles matières dans des arrangements aérés et tout à fait lisibles. Sel de Vétiver, la seconde création de Céline Ellena après le départ de son père Jean-Claude chez Hermès, ne déroge pas à la règle.

On trouve donc au premier nez un vétiver très net, assez terreux et fumé, qui d'emblée range ce beau parfum dans une catégorie plutôt sensuelle. Mais immédiatement surgit aussi cette note saline nouvelle (quoique le superbe Datura Noir de Serge Lutens l'ait déjà mise en scène dans une moindre mesure) qui donne à l'assez classique vétiver un coup de fouet inhabituel : au lieu de le réveiller à l'aide de notes fraîches et citronnées comme le font beaucoup, Céline Ellena le met d'autant mieux en valeur avec cet accord tiède et savoureux qui complimente avec une grande cohérence la rugosité de la racine centrale.

Il ressort de ce parfum une impression d'excitation délicieuse, et on l'imagine très bien accompagner un retour de plage. Pour une fois, l'appellation mixte n'est pas usurpée : rien ici ne semble correspondre mieux à une femme qu'à un homme. C'est un parfum joyeux, ensoleillé, qui ne semble pas se prendre au sérieux du tout et n'en est que plus attachant. Peut-être pas le coup de génie du siècle, mais une alternative souriante et rafraîchissante à des grands frères plus prétentieux.

samedi 22 août 2009

Chêne, Serge Lutens


Voilà un vieil ami, dont je suis tombé amoureux à sa sortie et qui m'a en quelque sorte initié à la parfumerie tant admirée de Serge Lutens.

A l'époque, fin 2004, j'avais d'ailleurs écrit un texte consacré à Chêne, où je vantais en des mots recherchés les talents magiques de cet étrange compagnon, sombre, discret, indiscutablement masculin. Je l'ai porté pendant longtemps, j'avais mis tous les autres à la porte et il ne restait plus que lui.

Pourtant il n'y a là rien de ce qui a fait le succès de Lutens : pas de notes suaves, pas d'exotisme flagrant, pas de sucreries orientalisantes... A la place, on découvre en ouvrant le flacon une odeur à peine perceptible, très retenue, qui se couche sur la peau et y reste sans faire de bruit. C'est une odeur boisée, naturellement, mais liquide aussi. L'évocation est celle d'une cabane en forêt dans laquelle seraient pendues des lanières de cuir ; on pense aussi à un imaginaire écossais, allant de l'épaisseur âcre de la tourbe aux reflets dorés d'un vieux whisky ; on se voit en hiver, au coin d'un bon feu, dans un pull-over confortable.

Chêne est discret mais fidèle : sa tenue est longue, aussi longue que son sillage est ténu. On le choisira pour son prodigieux paradoxe : il n'est pareil à aucun autre, et pourtant il semble avoir toujours été là. C'est un parfum magistral, d'une noblesse incontestable, et une expérience décidément très particulière. Nul doute qu'il ne séduira pas les masses, mais assurément ceux qui l'approcheront avec curiosité en seront récompensés.

jeudi 20 août 2009

Vetiver extraordinaire, Editions de Parfums Frédéric Malle


Levons immédiatement toute forme d'ambiguïté : je ne serai pas objectif en rédigeant un message au sujet de Vetiver extraordinaire, ce parfum étant probablement celui que je garderais s'il ne devait en rester qu'un.

Pourtant là aussi, les choses avaient plutôt mal commencé. Lors d'un premier (puis d'un second, voire d'un troisième) essai sur mouillette, je dois avouer que cet élixir très pur et très beau me semblait tout à fait réussi, à cela près qu'il négligeait l'essentiel : s'il se montrait parfait dans son attaque et son évolution, c'est-à-dire riche, dense, harmonieux, rien chez lui ne m'accrochait réellement. Pour ainsi dire, j'avais l'impression d'écouter le meilleur élève du Conservatoire enchaîner les notes d'une partition de Rachmaninoff avec science et dextérité, mais d'en arriver au bout sans avoir ressenti quoi que ce soit. Par chance, je finis un beau jour par prendre le taureau par les cornes et essayer Vetiver extraordinaire sur ma peau : aussitôt, la magie opéra.

Il va de soi qu'un goût prononcé pour l'odeur de la racine de vétiver est un préalable utile pour apprécier à sa juste valeur la composition de Dominique Ropion : à 25% de concentration dans la formule (du jamais vu jusqu'ici, alors qu'on ne peut pas vraiment dire que les rayons de parfumerie manquent de déclinaisons sur ce thème classique), les réfractaires et allergiques sont priés de passer leur chemin. Cela dit, ce formidable parfum réussit le tour de force de se montrer à la fois radical et pédagogique ; j'entends qu'il me semble difficile d'aimer davantage un autre vétiver que celui-ci quand on y a déjà pris goût, et en même temps qu'il serait risqué d'en essayer un autre si cette éducation reste à faire.

Quoi qu'il en soit, porter Vetiver extraordinaire est d'abord un plaisir rare : peu nombreuses sont les créations donnant à ce point une sensation aiguë de pureté, d'excellence qui lui confère une grande beauté, extrêmement nette et lisible, tout en conservant très discrètement dans le fond l'espèce de délicieuse âcreté tant recherchée par les nez pour "salir" des compositions autrement trop printanières.

Cela va mieux à un homme qu'à une femme, à n'en pas douter : c'est l'odeur parfaite que l'on souhaite attraper au détour d'un col de chemise. Il y a là toutes les qualités du mâle idéal : la distinction, l'élégance facile et souple, la tenue d'un bout à l'autre, la force et bien sûr l'intelligence...

Vetiver extraordinaire est jeune, mais c'est déjà un classique : c'était d'ailleurs, de toute évidence, sa première vocation.

mardi 18 août 2009

Amber Pour Homme, Prada


Voici un parfum que bien des choses me poussaient à détester a priori : d'abord l'irruption de Prada sur le marché de la parfumerie masculine, dont on pouvait craindre une production aussi inintéressante et vulgaire que la gamme de lunettes de soleil idoine ; le flacon ensuite, ce bloc de verre conforme en bien des points à d'autres récentes sorties, l'attrait de la primeur en moins ; la couleur du jus également, d'un bleu fade et artificiel qui rappelle effrontément Hugo ; et la première vaporisation enfin, déversant sur la mouillette une odeur compacte et synthétique à l'opposé diamétral des parfums que j'aime habituellement.

Je l'ai pourtant choisi pour inaugurer ce blog car, en dépit de ces auspices douteux, Amber Pour Homme est un parfum magnifique. A l'image de la mode masculine conçue par Miuccia Prada, il s'en dégage un charme abstrait tout à fait indéfinissable, terriblement contemporain, d'abord anecdotique et finalement primordial. Ce n'est pas vraiment un parfum frais, ni un boisé ou un chypre : c'est une composition globale, à l'évolution toute relative et au sillage assez discret, mais d'une stupéfiante élégance et d'un confort inédit. Bien malin celui qui décèlera telle ou telle note : là n'est de toute façon pas le propos. Amber Pour Homme se porte contre soi, sans intention vers l'extérieur qui, pourtant, sentira au moindre passage la présence d'une personne remarquable. Voilà des qualités dont peu de parfums peuvent se targuer : l'entreprise de Daniela Andrier, auteur de la vedette du jour, ressemble de ce point de vue à un succès total.

Nouvelle vague

Un nouveau blog, un de plus...

Ce n'est pas mon premier, mais je réalise qu'il m'arrive souvent d'avoir envie de donner un avis sur des choses que j'aime, des parfums, des vêtements, des décors, tout un tas de créations qui ont en commun le goût du beau, sans que je dispose d'un endroit unique où rassembler ces humeurs enthousiastes : voilà qui est fait désormais. Naturellement, il va s'agir de faire part ici de mon goût et non du goût en général : à chacun ensuite d'apprécier s'il doit acquiescer ou fuir...

Merci pour le temps que vous prendrez à venir rêvasser sur ces pages : j'espère qu'elles vous procureront autant de plaisir qu'à moi.