dimanche 25 octobre 2009

Body Kouros, Yves Saint Laurent


Une publicité qui ne laisse pas la place au doute, mettant en scène dans une ambiance moite un éphèbe nu tous biscotos dehors ; un flacon qui mérite l'épithète hideux sans avoir l'air de s'être donné de mal ; un nom pathétique qui fracasse en quatre lettres inutiles l'immense assertion de son grand frère Kouros : rien ne fait envie chez cet étalon de salle de gym.

Rien, sauf un tout léger détail : un sillage magnétique, tout en retenue, une odeur extrêmement boisée qui vous suit à la trace, l'air de rien, et qui charme son monde en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire.

Body Kouros est un parfum intellectuellement insupportable, lancé pour s'attirer les faveurs d'un marché très ciblé : les gays et les métrosexuels, dans une acceptation très stéréotypée. Les codes utilisés sont donc sans équivoque : il faut un jus sensuel. Oui mais voilà, Annick Menardo, auteur de cette composition, a eu l'extrême intelligence de faire exactement cela, un jus sensuel, c'est-à-dire qui parle aux sens et qui leur parle bien. On aurait pu craindre une overdose de vanille et une redite de l'épuisant Le Mâle, comme un sprint vers une représentation mièvre et moëlleuse de ce que peut être la notion de sensualité. Dieu merci, il n'en est rien bien au contraire : on passe d'un bois à l'autre, emmené par un encens discret et magnifique, dans une pénombre délicieuse. Body Kouros dessine le feuillage d'une jungle épaisse dans laquelle on se perd avec bonheur, évoque les après-midi d'été à l'abri d'une lumière trop intense, voire même l'odeur légère et salée d'une peau hâlée de retour de la plage...

Cela est simple, ne s'égare pas dans des sophistications de salon et va droit à l'essentiel : il s'agit du début à la fin de magnifier le corps, sans l'ombre d'un doute. On peut détester l'idée naturellement, mais le résultat, pour ce qu'il est, est une réussite éclatante.

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