samedi 22 août 2009

Chêne, Serge Lutens


Voilà un vieil ami, dont je suis tombé amoureux à sa sortie et qui m'a en quelque sorte initié à la parfumerie tant admirée de Serge Lutens.

A l'époque, fin 2004, j'avais d'ailleurs écrit un texte consacré à Chêne, où je vantais en des mots recherchés les talents magiques de cet étrange compagnon, sombre, discret, indiscutablement masculin. Je l'ai porté pendant longtemps, j'avais mis tous les autres à la porte et il ne restait plus que lui.

Pourtant il n'y a là rien de ce qui a fait le succès de Lutens : pas de notes suaves, pas d'exotisme flagrant, pas de sucreries orientalisantes... A la place, on découvre en ouvrant le flacon une odeur à peine perceptible, très retenue, qui se couche sur la peau et y reste sans faire de bruit. C'est une odeur boisée, naturellement, mais liquide aussi. L'évocation est celle d'une cabane en forêt dans laquelle seraient pendues des lanières de cuir ; on pense aussi à un imaginaire écossais, allant de l'épaisseur âcre de la tourbe aux reflets dorés d'un vieux whisky ; on se voit en hiver, au coin d'un bon feu, dans un pull-over confortable.

Chêne est discret mais fidèle : sa tenue est longue, aussi longue que son sillage est ténu. On le choisira pour son prodigieux paradoxe : il n'est pareil à aucun autre, et pourtant il semble avoir toujours été là. C'est un parfum magistral, d'une noblesse incontestable, et une expérience décidément très particulière. Nul doute qu'il ne séduira pas les masses, mais assurément ceux qui l'approcheront avec curiosité en seront récompensés.

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