jeudi 10 septembre 2009

Emporio Armani He, Giorgio Armani


J'entends déjà s'élever les cris : quoi ? rendre grâce à ce jus industriel, fruit de marketeux prêts à tout pour augmenter le chiffre d'affaires du Sephora du coin ?

Non. Rendre justice au travail remarquable de Sophie Labbé qui, avec Emporio Armani He, a su capter et retranscrire l'esprit de son temps, avec toute la radicalité qui le caractérise. Nous sommes en 1998, quatre ans après le raz-de-marée cKone et son immense débouchage de cloisons nasales, et en plein essor de la tendance minimaliste. Toutes les lignes se simplifient, s'épurent et la parfumerie n'échappe pas au grand ménage. Cela n'a pas eu que du bon (Hugo, anyone ?), mais dans le cas qui nous concerne aujourd'hui, force est de constater qu'un petit prodige a eu lieu. Là où cKone joue sur une note haut-perchée à la limite de la stridence, Emporio Armani He a le bon goût de descendre de quelques tonalités vers une suavité totalement nouvelle, synthétique en diable mais diablement séduisante et équilibrée. L'aspect androgyne du départ ne s'en va pas mais parvient à ne jamais franchir la limite : on marche sur un fil formidable, qui dessine une jeunesse libre et terriblement joueuse, à deux doigts d'en faire trop, parée de ce charme irrésistible du provocateur qui ne tombe jamais. Tout cela est follement sexy et en même temps tout à fait propre : d'ailleurs onze ans après, le charme en question opère encore.

Beaucoup n'auraient sans doute pas prédit à ce jus inattendu et très boisé la pérennité qu'il connaît, ni admis que sa sortie ait eu une quelconque importance dans l'histoire de la parfumerie. Il faut pourtant se rendre à l'évidence... et lui rendre justice, je vous dis ! Voilà un bien bel ovni qui mérite d'être ressorti du placard.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire