mardi 10 novembre 2009

Miel de Bois, Serge Lutens


C'est lors d'un dîner au Bon, rue de la Pompe à Paris, un restaurant que je vous recommande particulièrement si vous avez envie de savoir ce que le 16ème arrondissement a dans le ventre, qu'un déclic a eu lieu en moi et que Miel de Bois, le plus unanimement décrié de tous les parfums Lutens, est passé du statut de persona non grata à celui d'idole dans ma collection. Une femme assise à la table à côté de la mienne le portait, et je le reconnus aussitôt, parfaitement différent de l'insupportable odeur d'encaustique qui m'était restée en mémoire lors de mon premier et unique essai, et pourtant indubitablement le même.

Miel de Bois n'oeuvre pas pour son propre succès, c'est là le moins que l'on puisse dire. L'ouverture se fait sur cette note de cire totalement improbable en parfumerie, une note si piquante qu'on s'écrierait presque "fuyez !" A-t-on envie de sentir la table de salle à manger ? Pas que je sache.

Cela ne tombe pas si mal, car cette impression désagréable ne dure pas : une ou deux minutes après l'application commence la véritable mise en place de Miel de Bois, la restitution étonnamment fidèle et pure d'une toute simple odeur de miel, magnifiée, ample, suave, véritablement délicieuse et (miracle !) dépourvue de toute mièvrerie. Du miel et du bois, comme son nom l'indique, et un équilibre parfait entre douceur et rugosité.

Ce parfum ne ressemble qu'à lui-même, ce qui n'est évidemment pas le moindre de ses charmes, et il me semble composer à côté de ses frères Daim Blond et Fleurs de Citronnier un triptyque très à part dans la production de Serge Lutens, comme un exercice de style autour de trois notes : miel, iris et musc. A Fleurs de Citronnier la lumière, la légèreté ; à Daim Blond la finesse, le goût sûr et le sens de la mesure ; à Miel de Bois le caractère et l'audace. Selon l'humeur, on pourra facilement préférer l'un ou l'autre, et retrouver en trame une racine commune, travaillée comme nulle part ailleurs, traduisant cet éternel goût de la variation cher à Serge Lutens.

Il reste de Miel de Bois après quelques heures un fond beaucoup plus "classique" que son départ ne le laissait présager, comme un atterrissage tout en douceur après un voyage inoubliable, qui lui donne une personnalité incroyablement attachante. C'est un parfum complexe, un compliment qu'on s'adresse, une récompense que l'on s'offre et qui séduira votre entourage après qu'il vous aura conquis. Il semblerait d'ailleurs que son premier abord hostile en ait découragé plus d'un, et que Shiseido ait pris la décision de le rapatrier aux Salons du Palais Royal exclusivement : c'était probablement sa place dès le départ, aussi il faut sans doute se réjouir de cette annonce. A titre personnel, je regrette pourtant sa sortie de la gamme export : j'ai toujours trouvé les flacons longilignes de cette série d'une élégance bien supérieure aux petites cloches de la galerie de Valois. Mais qu'importe : êtes-vous prêt ?

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