jeudi 20 août 2009

Vetiver extraordinaire, Editions de Parfums Frédéric Malle


Levons immédiatement toute forme d'ambiguïté : je ne serai pas objectif en rédigeant un message au sujet de Vetiver extraordinaire, ce parfum étant probablement celui que je garderais s'il ne devait en rester qu'un.

Pourtant là aussi, les choses avaient plutôt mal commencé. Lors d'un premier (puis d'un second, voire d'un troisième) essai sur mouillette, je dois avouer que cet élixir très pur et très beau me semblait tout à fait réussi, à cela près qu'il négligeait l'essentiel : s'il se montrait parfait dans son attaque et son évolution, c'est-à-dire riche, dense, harmonieux, rien chez lui ne m'accrochait réellement. Pour ainsi dire, j'avais l'impression d'écouter le meilleur élève du Conservatoire enchaîner les notes d'une partition de Rachmaninoff avec science et dextérité, mais d'en arriver au bout sans avoir ressenti quoi que ce soit. Par chance, je finis un beau jour par prendre le taureau par les cornes et essayer Vetiver extraordinaire sur ma peau : aussitôt, la magie opéra.

Il va de soi qu'un goût prononcé pour l'odeur de la racine de vétiver est un préalable utile pour apprécier à sa juste valeur la composition de Dominique Ropion : à 25% de concentration dans la formule (du jamais vu jusqu'ici, alors qu'on ne peut pas vraiment dire que les rayons de parfumerie manquent de déclinaisons sur ce thème classique), les réfractaires et allergiques sont priés de passer leur chemin. Cela dit, ce formidable parfum réussit le tour de force de se montrer à la fois radical et pédagogique ; j'entends qu'il me semble difficile d'aimer davantage un autre vétiver que celui-ci quand on y a déjà pris goût, et en même temps qu'il serait risqué d'en essayer un autre si cette éducation reste à faire.

Quoi qu'il en soit, porter Vetiver extraordinaire est d'abord un plaisir rare : peu nombreuses sont les créations donnant à ce point une sensation aiguë de pureté, d'excellence qui lui confère une grande beauté, extrêmement nette et lisible, tout en conservant très discrètement dans le fond l'espèce de délicieuse âcreté tant recherchée par les nez pour "salir" des compositions autrement trop printanières.

Cela va mieux à un homme qu'à une femme, à n'en pas douter : c'est l'odeur parfaite que l'on souhaite attraper au détour d'un col de chemise. Il y a là toutes les qualités du mâle idéal : la distinction, l'élégance facile et souple, la tenue d'un bout à l'autre, la force et bien sûr l'intelligence...

Vetiver extraordinaire est jeune, mais c'est déjà un classique : c'était d'ailleurs, de toute évidence, sa première vocation.

1 commentaire:

  1. Bonjour :)

    J'aime beaucoup votre blog, l'idéal pour apprivoiser le monde des parfums et "apprendre" à s'y repérer.
    J'ai découvert les éditions F. Malle par Vétiver Extraordinaire, le seul que j'ai aussitôt aimé. Malheureusement, j'ai remarqué qu'il tenait peu sur moi (alors qu'il semble avoir une des meilleures tenues de la collection) ; peut-être est-ce un parfum de peau ? comme apparemment beaucoup dans cette collection... Maintenant, je lui préfère Sycomore de Chanel, plus "suave".
    Vivement une nouvelle critique découverte :)

    RépondreSupprimer