samedi 26 septembre 2009

Poivre Samarcande, Hermès


De toutes les maisons de luxe qui existent aujourd'hui, s'il y en a bien une que je chéris très au delà de toutes les autres, c'est sans hésitation Hermès. Intransigeance absolue sur la qualité des matières, des finitions, du travail, du service... à l'heure où le luxe s'est banalisé au point de se vulgariser, Hermès apparaît comme l'un des tout derniers bastions de l'excellence dans le monde, et il en va de sa parfumerie comme de sa maroquinerie.

Aussi, lorsque l'arrivée de Jean-Claude Ellena en tant que parfumeur maison a été annoncée en 2004, je n'ai pas vraiment été surpris et me suis même réjoui : je connaissais alors Cologne Bigarade, l'eau de cologne suprême qu'il avait lancée chez Frédéric Malle quelques années auparavant, et ne doutais pas un instant qu'Hermès venait de trouver en sa personne le partenaire le plus approprié pour transcrire en odeurs l'identité si particulière de la maison du faubourg Saint Honoré.

De fait, si l'on excepte l'éprouvant Elixir des Merveilles saturé jusqu'à la lie d'une détestable orange en plastique, Ellena nous a plutôt gâtés depuis sa prise de fonctions : entre la remarquable série des Jardins et le monumental Terre, les succès se sont enchaînés et la cohérence de son travail avec l'esprit Hermès semble s'exprimer à chaque lancement. De tous ceux-là, il y en a un qui a retenu mon attention plus que les autres : celui de la collection Hermessence, et notamment de Poivre Samarcande.

Cette collection Hermessence, l'une des premières productions Ellena pour Hermès, a eu une double fonction : il s'agissait d'une part pour l'entreprise de s'installer sur le marché des parfums dits "de niche", alors en plein essor, tout en donnant immédiatement au nouveau parfumeur maison un exercice pour asseoir son style au sein de la gamme et lui donner une direction nouvelle. De ce point de vue, les quatre premiers jus à être sortis ont tous concouru à donner le la : comme pour tout ce qui sort des ateliers Hermès, les parfums conçus par Ellena s'en tiennent à des compositions d'une grande sobriété, mais reposant sur le choix d'ingrédients d'exception mis en valeur d'une main de maître. Et parmi tous ceux-là, Poivre Samarcande me semble être le plus réussi, le plus abouti, comme une traduction olfactive parfaite de l'univers Hermès.

La note de poivre est présente du début à la fin, grave, élégante, d'une richesse incroyable et pourtant parfaitement sobre. On retrouve là toute l'aristocratie du style maison, traduit par des épices nombreuses qui évoquent la notion de voyage si fondamentale pour la marque. Le sillage est juste assez présent et répand une impression de classe extraordinaire autour de soi. Le vrai bémol, c'est bien entendu le prix, lui aussi conforme en tous points à ce qui se pratique habituellement chez Hermès... On pourra se consoler en se disant que celui-là ne sera certainement pas dans le cou de tout le monde, et que porter sur soi l'odeur du célèbre sellier n'a peut-être, au fond, pas de prix.

vendredi 18 septembre 2009

Allure Homme Edition Blanche, Chanel


Il y a bien longtemps que j'avais renoncé à jamais aimer un parfum masculin de la maison Chanel. Non pas qu'ils me semblassent tous mauvais, mais simplement qu'aucun ne me plût jamais assez pour que j'aie véritablement envie de le porter. Et puis l'an dernier est sorti Allure Homme Edition Blanche, et mon monde intérieur a basculé.

Partout j'ai lu au sujet de cette variation les critiques les plus polies, saluant sa netteté, sa propreté, sans pour autant que l'on sente chez l'auteur de véritable passion. En ce qui me concerne, cette Edition Blanche est une réussite lumineuse, l'une des toutes meilleures synthèses entre la sensualité du musc, de l'ambre et de la vanille d'une part, et la fraîcheur du citron et de la bergamote d'autre part. C'est tout à coup comme si on avait réussi à obtenir un enfant de l'union entre Eau Sauvage et Habit Rouge : voyez un peu !

Pour parachever le chef d'oeuvre, le passage de l'éclat du départ à la volupté du fond se fait sans un bruit, dans une cohérence totale, sans que jamais ne se ressente un mal bien fréquent en parfumerie : la dissonance, souvent due à un raccourci trop vite emprunté ou à un grand écart un peu forcé. Rien de cela ici : tout est parfaitement à sa place, et l'on passe d'une phase à l'autre comme bercé par une caresse. L'ensemble en fait l'un des parfums masculins les plus réussis de tous les temps. A vrai dire, en voilà un qui donne envie de regarder droit devant soi : de l'allure, l'homme qui le porte n'en manque assurément pas.

jeudi 10 septembre 2009

Emporio Armani He, Giorgio Armani


J'entends déjà s'élever les cris : quoi ? rendre grâce à ce jus industriel, fruit de marketeux prêts à tout pour augmenter le chiffre d'affaires du Sephora du coin ?

Non. Rendre justice au travail remarquable de Sophie Labbé qui, avec Emporio Armani He, a su capter et retranscrire l'esprit de son temps, avec toute la radicalité qui le caractérise. Nous sommes en 1998, quatre ans après le raz-de-marée cKone et son immense débouchage de cloisons nasales, et en plein essor de la tendance minimaliste. Toutes les lignes se simplifient, s'épurent et la parfumerie n'échappe pas au grand ménage. Cela n'a pas eu que du bon (Hugo, anyone ?), mais dans le cas qui nous concerne aujourd'hui, force est de constater qu'un petit prodige a eu lieu. Là où cKone joue sur une note haut-perchée à la limite de la stridence, Emporio Armani He a le bon goût de descendre de quelques tonalités vers une suavité totalement nouvelle, synthétique en diable mais diablement séduisante et équilibrée. L'aspect androgyne du départ ne s'en va pas mais parvient à ne jamais franchir la limite : on marche sur un fil formidable, qui dessine une jeunesse libre et terriblement joueuse, à deux doigts d'en faire trop, parée de ce charme irrésistible du provocateur qui ne tombe jamais. Tout cela est follement sexy et en même temps tout à fait propre : d'ailleurs onze ans après, le charme en question opère encore.

Beaucoup n'auraient sans doute pas prédit à ce jus inattendu et très boisé la pérennité qu'il connaît, ni admis que sa sortie ait eu une quelconque importance dans l'histoire de la parfumerie. Il faut pourtant se rendre à l'évidence... et lui rendre justice, je vous dis ! Voilà un bien bel ovni qui mérite d'être ressorti du placard.

jeudi 3 septembre 2009

Oscar, Oscar de la Renta


Incontestablement, je fais presque un principe de préférer ce qu'on a fait avant à ce que l'on fait maintenant : c'est bien évidemment un tort mais c'est aussi une habitude, et c'en est une qui a parfois du bon.

Je dois aussi apporter une précision, car je doute qu'on tombe aujourd'hui par hasard sur Oscar, le premier parfum d'Oscar de la Renta sorti en 1977, et qu'on décide de consacrer la première revue d'un parfum féminin sur un tout jeune blog à cette beauté oubliée : Oscar, ce fut pendant un temps, pendant que j'étais enfant, le parfum chéri de ma maman.

Une fois qu'on a dit cela, on s'est sans doute décrédibilisé jusqu'à la fin du billet (au moins... ;) mais je remercie ma mère d'avoir eu si bon goût alors : quelle introduction à la parfumerie que ce jus d'or enfermé dans un joli flacon-fleur ! Une fois le bouchon retiré, c'est toute une époque qui défile : des femmes en robe, des cheveux peignés, de beaux bijoux, tout un attirail follement conservateur mais d'une élégance parfaite et délicieuse. Les fleurs sont là, les plus belles bien entendu, la rose et l'iris, posées comme il se doit sur une mousse de chêne fatale et arrondies par la pêche. L'ensemble est splendide, totalement féminin, séduisant et pourtant invariablement tenu... On se demanderait presque pourquoi s'être fatigué à vouloir sortir d'autres jus quand on a senti celui-là. J'exagère ? Sans doute un peu. Mais quiconque a eu une maman en Oscar ne pensera pas très différemment de moi...