jeudi 31 décembre 2009

Sycomore, Chanel


Prenez le Vétiver Extraordinaire de Frédéric Malle et mélangez-le à un peu de l'Encre Noire de Lalique ; versez une goutte de Cristalle jusqu'à obtention d'une fraîcheur tenue et sophistiquée, secouez un peu et terminez par un trait de Poivre Samarcande : vous voilà avec Sycomore, la réinterprétation moderne d'une formule d'Ernest Beaux, et sans aucun doute le plus beau parfum qu'il m'ait été donné de découvrir.

Au coeur de Sycomore règne une note de vétiver extrêmement pure et distincte, qui sert de fil d'Ariane le long duquel viennent murmurer tour à tour la bergamote, le poivre, l'iris, le santal, dans une harmonie incroyable. On est frappé par la qualité époustouflante des matières premières, qui confère à ce parfum une odeur infiniment riche, et par l'invraisemblable orchestration de Jacques Polge, d'une finesse jamais rencontrée jusqu'alors.

Certains trouveront peut-être Sycomore un brin classique : il l'est, sans aucune hésitation ! C'est bien l'une des raisons pour lesquelles il me frappe tant. Les variations autour de la racine de vétiver sont maintenant légion (pour mon plus grand plaisir, je l'avoue...) et ont pour caractéristique commune de s'appuyer sur l'odeur à la fois âcre et propre de cet ingrédient, compagnon idéal de l'indémodable chemise blanche. Sycomore ne cherche pas à éviter cela, mais au contraire à pousser la formule à son paroxysme : il joue quasiment sur un seul octave, sans se laisser embarquer plus loin que nécessaire, sans chercher d'effet superflu. A la place, il se repose sur la préciosité de ses ingrédients et donne à chacun le loisir de se développer avec ampleur et cohérence. Il résulte de ce travail une impression magnifique, un parfum d'une classe inouïe qui donne à celui ou celle qui le porte l'élégance souple et facile qui signe le luxe véritable, un luxe très Chanel. Un chef d'oeuvre.

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