samedi 27 février 2010

Jazz, Yves Saint Laurent

On ne devrait sans doute jamais livrer ses secrets, mais... moi je n'adore pas Dior, j'adore Jazz !

Je l'ai découvert il y a presque vingt ans à bord d'un bateau pour Jersey. J'étais exagérément jeune pour m'approprier un tel parfum, mais il m'a plu aussitôt et même si j'en ai préféré cent autres depuis, il est toujours resté dans un coin de mon coeur comme le parfum masculin ultime, c'est-à-dire classique, structuré, mais pétri d'un charme fou.

J'aime tout dans Jazz : le nom d'abord, qui claque dans l'air comme les notes fraîches sur lesquelles il s'ouvre ; le flacon ensuite, surtout depuis qu'il a été revu, dessinant à la serpe la skyline déhanchée d'une ville américaine chérie des petits Frenchies ; et le parfum lui-même, de cette famille finalement peu nombreuse des fleuris-boisés, qui m'évoque une chemise dont on défait deux boutons à la sortie du bureau, lorsqu'on peut à nouveau être soi-même et se laisser aller après avoir joué toute la journée le rôle du gendre idéal ou de l'employé modèle.

Comme la musique dont il s'inspire, Jazz vibre, cadence, trépigne sous ses airs sages et laisse entrevoir derrière la cravate l'humour et la joie de vivre d'un garçon bien élevé. Désormais très confidentiel, je le trouve décidément—et plus que jamais—irrésistible.

samedi 20 février 2010

Arpège, Lanvin

Arpège... En dépit d'un nom poétique et d'un flacon superbe, voilà un parfum particulièrement difficile à appréhender. Un peu comme les vitrines immenses et chatoyantes d'une boutique haut-de-gamme, il envoie tous les reflets d'un luxe qui se savoure entre habitués, une panoplie intimidante pour "qui n'en est pas". Les notes de tête, loin d'être douces, annoncent immédiatement la sophistication de cette formule si fleurie qu'elle en devient abstraite. Un passage un peu plus suave après quelques minutes rappelle l'odeur ronde et liquoreuse d'un Sauternes, avant de s'éloigner et de permettre au parfum de retrouver son caractère altier. Assurément, on est en présence d'un grand, et de même que pour la littérature de Joyce, il faut sans doute une éducation que je n'ai malheureusement pas pour en apprécier toute la profondeur.

Il me fait l'effet d'une très belle femme qui, ne pouvant, de par son rang, ne s'adresser qu'à un prince, repousserait quiconque lui adresserait la parole. Ces temps me semblent révolus, et si l'envie peut bien sûr me prendre de me retourner pour admirer cette très belle femme à nouveau, je n'ai en revanche nulle envie d'insister. Je reste donc sur une impression d'âpreté que je n'avais pas rencontrée jusqu'alors et qui atténue, hélas, l'appréciation de son évidente splendeur. Son sillage ardent, complexe et grave me frappe plus qu'il ne me touche : nous ne ferons, de toute évidence, jamais route ensemble...

samedi 13 février 2010

Tom Ford For Men, Tom Ford

Si l’on met de côté la publicité provocante et l’habitude qu’il a prise d’envelopper toute sa création (ici, à travers le flacon) d’une patine néo-rétro qui ne trompe personne, il faut reconnaître à Tom Ford deux mérites avec la sortie de ce For Men : d’abord un effet de surprise incontestable après un Black Orchid pour le moins capiteux, et aussi la mise sur le marché d’une composition somme toute assez conventionnelle mais de bonne facture.

Comme beaucoup, j'attendais une espèce de claque, une explosion de notes brûlantes en découvrant son premier parfum masculin et... pas du tout ! A la place, une (belle) fraîcheur classique au départ, à la fois tonique et poudrée, rappelant le chic impeccable d'Acqua di Parma. Cette fraîcheur évolue ensuite doucement jusqu'à une autre réminiscence encore plus inattendue : le fantôme d'Insensé de Givenchy et son cocktail fleurs-bois-épices qui avait surgi d'on ne sait où dans les années 1990. Pour le coup, voilà bien un sillage qui ne manque pas de faire retourner les têtes avec l'air de ne pas y toucher (dans le même esprit, on pensera aussi à Cacharel Pour L'Homme)... Tom Ford For Men n'est pas sulfureux aussi littéralement que la campagne publicitaire ne le laissait présager, mais au bout du compte la direction olfactive qu'il nous fait emprunter lui confère une personnalité qui, si elle ne brille pas par un aspect très novateur, a selon moi l'immense mérite de rendre celui qui le porte juste un tout petit peu plus séduisant (ce petit peu étant de ceux qui font toute la différence...).

Le véritable reproche que j'ai à lui formuler, comme à tout ce que fait Tom Ford d'ailleurs depuis qu'il a créé sa marque, c'est de ne pas aller au delà des formules auxquelles il fait référence : on sent chez lui la volonté de s'approprier des codes désuets et de les remettre sous les feux de la rampe, mais j'ai toujours le sentiment qu'il finit par proposer des produits qui ne sont pas meilleurs que ceux dont il s'inspire, et qui arborent maladroitement le lustre factice de ce qui n'a pas encore été porté.

Cela reste toutefois une nuance légère. Sans être le coup du siècle, Tom Ford For Men est un peu comme la mèche rebelle d’un homme bon chic bon genre : le tout petit détail qui caractérise le charme, le signe discret d’une espièglerie prometteuse. Il y a un mot pour ça : sexy, tout simplement.

samedi 6 février 2010

N°19, Chanel


Si le N°5 incarne mieux que tout autre l'esprit parisien, reposant avant tout sur la brillance et la vivacité de ceux qui le composent au dela de toute notion de classe sociale, le N°19 apparaît quant à lui comme le représentant le plus abouti d'une aristocratie provinciale gouvernée par des codes stricts, à l'élégance impeccable qui ne laisse rien au hasard.

Enfant d'une famille olfactive qui a vu naître des sommets de beautés froides (Miss Dior, Vent Vert...), il en reprend la superbe structure chyprée, à la fois hautaine et classieuse, en s'ouvrant sur des notes vertes d'un réalisme et d'un naturel épatants. Iris et galbanum viennent donc ouvrir ce bal avec force et mesure, et trouvent en chemin un bouquet floral très Chanel qui évolue doucement sur un tapis de vétiver, de mousse de chêne et de cèdre absolument magnifique. L'ensemble est tenu d'un bout à l'autre et parvient à donner beaucoup de personnalité en restant finalement assez discret.

Plus que pour n'importe quel autre parfum que j'ai senti, il me semble indispensable de préférer l'extrait à l'eau de parfum ou l'eau de toilette : une pureté pareille, aussi réussie fût-elle dans une version plus légère, doit être goûtée à son intensité maximale.

jeudi 4 février 2010

Idole d'Armani, Giorgio Armani

Pour une fois, j'ai été séduit par la publicité, par cette jolie jeune femme châtain aux cheveux soyeux, aux paupières suggestives. Le flacon sobre et féminin rempli d'un beau jus beige-rosé m'a semblé réussi, passant à côté d'un minimalisme ennuyeux sans tomber dans le baroque pour autant. Et puis ce nom, même s'il a été chipé à Lubin, fait son petit effet aussi. Bref, tout commence plutôt pas mal pour Idole d'Armani.

L'application sur la peau révèle un parfum joli, assez fin, discret, et m'évoque au départ une association pour le moins inattendue : l'amertume lumineuse du champagne d'une part, et l'odeur synthétique et vaguement fruitée des fraises tagada de l'autre. Ce mélange incongru résume assez bien deux effets de cet Idole : une certaine impression de classe et en même temps une sorte de douceur enfantine un peu chimique, si bien qu'on est assez dérouté par cette chose qui n'a pas l'air de se décider clairement pour le bon ou le mauvais goût. C'est finalement plutôt le premier qui l'emporte car Idole murmure, se love à la place qu'on lui a désignée sans chercher à se faire remarquer. Ce qui aurait pu être un ratage retentissant sur une base plus accrocheuse se transforme donc en une curiosité charmante, sans prétention, qui ne révolutionne rien mais fait passer un moment plutôt agréable. L'évolution est douce et révèle d'ailleurs un fond plus intéressant que ne le laissaient présager les notes de tête, fruitées.

Il reste, après ces gentils compliments, que le monde est peuplé de tant de beautés plus admirables qu'on se demande tout de même combien de temps on restera sensible à ce chant très fluet, car Idole est le genre de parfum qu'on choisira presque par hasard en tombant sur l'échantillon un mardi soir, juste avant de retrouver un collègue de boulot en plein divorce qui avait envie de se changer les idées ; la soirée sera bonne, meilleure que vous ne l'auriez pensé, et vous accepterez contre toute attente de dîner à nouveau avec lui le jeudi suivant... sauf que ce jeudi-là vous ne porterez pas Idole mais Mitsouko, Rose de Nuit ou votre fidèle Allure.