vendredi 26 mars 2010

(Untitled), Maison Martin Margiela

(Untitled), le premier parfum de Martin Margiela, est une réussite. Il s'attèle à une tâche amusante : mettre à l'honneur la note de galbanum caractéristique des grands chyprés verts des années 1970 (Y, Calandre, N°19) sans toutefois citer les aînés en question. Daniela Roche-Andrier, auteure de cette composition originale, est parvenue à un équilibre remarquable entre la noblesse de son ingrédient central et l'espèce d'aisance, de facilité, de décontraction qui signe l'élégance d'aujourd'hui.

Au premier nez, (Untitled) brille donc par une verdeur prononcée mais déjà boisée, presque orientale (je n'ai ainsi pu m'empêcher de penser à Dioressence), et cet aspect suave ne va cesser de se préciser tout au long de l'évolution, quand le musc et l'encens prennent le pas sur le galbanum inaugural. Ces deux dernières notes, dosées avec l'exacte mesure, confèrent au parfum un chic simple très contemporain : (Untitled) emprunte au passé la colonne vertébrale, l'esprit d'une vieille recette et l'habille d'un vent de fraîcheur réjouissant. Le flacon, sobre et orné d'une étiquette blanche, est lui aussi fort beau. L'ensemble possède cette aura infiniment parisienne qui me fait immanquablement succomber... Le parfum le plus "actuel" qui soit sur le marché, "l'air du temps" capturé en quelque sorte.

samedi 20 mars 2010

L'Eau Serge Lutens

Comme promis, l'Eau Serge Lutens sent donc le propre, c'est vrai. Que dire de plus ? Croire la version officielle, celle qui tente de nous convaincre que ce soi-disant "anti-parfum" est un pamphlet ? Ou se fier à une énième théorie du complot selon laquelle il s'agit surtout d'un coup commercial, une façon pour la marque de prendre tout le monde à rebrousse-poil en revenant à un simple sent-bon après une quinzaine d'années vouées à l'exclusivité et à l'opulence ?

Au fond, cela a peu d'importance. Oui, L'Eau Serge Lutens "sent bon", se fait douce et discrète, évoque en effet cette odeur de linge fraîchement repassé... Quoi de neuf sous le soleil, au juste ? Pour être honnête, on dirait une copie du travail d'Olivia Giacobetti chez Iunx dix ans après la bataille.

Et quand bien même il y aurait là une assertion volontaire de la part de Lutens de dénoncer la saturation d'odeurs et l'usage intempestif du parfum dans notre société, je m'interroge : n'a-t-il pas, par son prestigieux travail jusqu'alors, déjà très largement oeuvré pour remettre les pendules à l'heure ?... Cette Eau, qui me rend furieux avec son petit sillage calme, semble décidément bien inutile, et donne envie de convoquer Shakespeare pour s'exclamer dans un soupir : "Beaucoup de bruit pour rien".

Mettons tout de même à son compte un flacon et un film publicitaire superbes.

vendredi 12 mars 2010

Une Rose, Editions de Parfums Frédéric Malle


Incroyable...

Une Rose d'Edouard Fléchier pour les Editions de Parfums Frédéric Malle sent... une rose ! Il n'y a aucune ironie dans ce que j'écris là, bien au contraire : ce parfum est stupéfiant de réalisme. Ca ne sent pas le parfum à la rose, ça ne sent pas un parfum composé autour de la rose, ça sent une rose, littéralement : on a l'impression de se pencher au dessus d'un bouton éclos, de sentir la douce caresse des pétales sur le bout de son nez, et de respirer à pleins poumons l'odeur d'une fleur, sans artifice.

Une Rose est donc un très, très, très beau parfum. Rarement il m'est arrivé d'oublier la notion de qualité à ce point : on croit tellement être devant la fleur qu'on n'est même plus capable de réellement dire que la composition est bien faite ! Le travail du parfumeur semble invisible. C'est vraiment très impressionnant.

Une rose pure, une rose fraîche, une rose veloutée, une rose avec toutes les connotations que chacun y associe et qui en fera le parfum ultime pour les inconditionnels et un "simple" chef d'oeuvre pour les autres. Je lui préfère Lys Méditerranée à titre personnel pour une toute bête question de goût, mais je dois dire qu'avec ces deux splendeurs récemment découvertes, Edouard Fléchier m'emmène au nirvana avec une espèce de légèreté et de facilité qui me coupe le souffle.