jeudi 22 avril 2010

Rive Gauche, Yves Saint Laurent


Etonnamment, Rive Gauche est resté très à part dans la production depuis sa sortie, et n'a eu à souffrir que de la concurrence discrète du joli Calandre de Paco Rabanne pour arriver jusqu'à nous. Un peu à la manière de ce qu'a fait Fahrenheit chez les hommes, il a créé une signature unique, éminemment reconnaissable, d'une modernité implacable, qui lui vaut l'amour inconditionnel de celles qui l'ont un jour adopté.

Il faut dire qu'il y a là un parfum pas banal : un prodigieux nuage d'aldéhydes qui confère au sillage cette note abstraite très singulière, et qui prend tout son temps pour se dissiper et laisser apercevoir l'extraordinaire volupté de son coeur et de son fond, faits de rose, de vétiver et de mousse de chêne. On part d'un aspect presque synthétique pour découvrir l'un des jus les plus terreux, les plus viscéraux de la parfumerie féminine, et l'on n'en revient pas de constater son étonnante netteté et son éclat de plus en plus sublime à mesure que les heures passent.

Elles sont peu nombreuses, celles qui continuent de s'adonner à Yves Saint Laurent à travers lui ; pourtant, je ne peux m'empêcher de me retourner sur leur passage dès que j'en croise une : il émane d'elles une aura différente, nimbée d'assurance et d'une certaine hauteur, qui leur donne un charme presque froid et une originalité qui interpelle. Rive Gauche, plus que jamais, est selon moi le signe d'une personnalité hors du commun, et l'un des parfums les plus importants qui existent.

dimanche 18 avril 2010

Azzaro pour Homme, Azzaro


Porter Azzaro pour Homme, c'est un peu comme monter à la Tour Eiffel : quand on en parle entre amis, on trouve ça d'un ringard absolu, et finalement quand on y est, on ne peut pas s'empêcher de se laisser griser !

Voilà plus de trente ans que les hommes qui aiment les femmes qui aiment les hommes (à croire que les hommes qui aiment les hommes qui aiment les hommes ne peuvent être sensibles à ses charmes...) se laissent piéger par ce qui ressemble désormais à un poncif de salle de bains, tant on l'a senti à tous les coins de rue du monde. Il faut pourtant l'admettre : ce parfum est un coup de génie, un chef d'oeuvre de charme, un peu comme si on était parvenu à mettre le sourire de Clark Gable en bouteille. C'est dénué de toute forme de second degré, c'est un paquebot de séduction pour poils de chemise ouverte et j'irais même jusqu'à dire que ça donne le brushing de Michael Douglas dans Basic Instinct mais peu importe : Azzaro pour Homme, ça le fait !

dimanche 11 avril 2010

Vetiver Bourbon, Miller Harris

Miller Harris, une jeune marque anglaise ayant choisi une approche assez sage de la parfumerie de luxe, ne cherche pas à se distinguer par des sorties qui créent l'événement ou bousculent les habitudes, mais propose une gamme finalement très cohérente de jus aux noms manquant singulièrement d'originalité--exception faite du poétique "L'air de rien" auquel le titre de ce blog adresse un clin d'oeil amical--mais aux sillages bien faits et aux ingrédients de qualité. L'espèce de simplicité (je dirais presque de tranquillité) qui se dégage de chaque parfum ne donne pas vraiment envie de se perdre en louanges extatiques, mais lui confère le charme doux qu'on trouve à une personne dont la gentillesse semble sincère, à défaut de briller par une personnalité extravagante.

Dans ce genre de gamme, on peut parfois avoir envie de bâiller, mais il suffit de tomber sur un parfum proposant une variation sur un thème qui nous est cher pour vouloir tendre le nez plus avant et, avec un peu de chance, tomber sur une petite merveille qu'on aura envie de garder pour soi comme un secret. C'est exactement ce qui m'est arrivé avec Vetiver Bourbon. Je ne cache pas mon goût pour l'odeur particulière du vétiver : en voici probablement la restitution la plus fidèle qui soit sur le marché, mise en scène sur une trame chyprée de toute beauté, qui accentue exactement le caractère sombre et fin de la racine.

Au premier nez, on croit d'abord retrouver le Vetiver Guerlain de la grande époque : l'âcreté est saisissante, presque désagréable. Puis viennent se joindre à l'ingrédient central l'ambre, le musc et le patchouli, qui lui donnent du corps et de la rondeur, et à vrai dire un charme rare. Vetiver Bourbon a de la carrure, de l'épaisseur, du chien : de nos jours, ça ne court plus les rues ! Il n'a qu'un défaut : il fait payer bien cher ses mâles qualités...

jeudi 1 avril 2010

Aqua Allegoria Pamplelune, Guerlain

Un parfum frais, joli et délicieux, aussi enveloppant qu'un sourire ou un rayon de soleil. Une note de pamplemousse précise, pure, très simple qui vient évoquer les beaux jours d'été sans chercher à être particulièrement originale mais sans être mièvre non plus, et qui s'endort doucement sur un duvet de vanille et de patchouli... Aqua Allegoria Pamplelune prouve que les belles colognes classiques, ramenées à une expression moins codifiée que par le passé, continuent de faire chavirer les coeurs ! Un petit bijou, parfait les jours sans (et les autres aussi !).