dimanche 16 mai 2010

Eau de Sisley 2, Sisley


Si l'on oublie l'épisode Soir de Lune, il y a toujours eu chez Sisley un goût à part : l'Eau de Campagne et l'Eau du Soir, les deux seuls parfums sortis au cours des trente premières années d'existence de la marque, reflètent ainsi la vie de ceux qui passent de restaurants chics en maisons de famille et connaissent leurs lettres sur le bout des doigts. L'esprit classique, ouvertement luxueux de ces compositions m'a toujours interpellé par son intransigeance, son absence de compromis vers des modes plus véhémentes et plus vulgaires.

Je viens de découvrir les trois Eaux sorties l'an dernier et en particulier la seconde : quel plaisir ! On retrouve la structure de la très verte Eau de Campagne, son aspect naturel et ce fond si distingué qui signe les parfums maison, mais poli, épuré, mis en scène par un départ aromatique limpide et très frais (une superbe note de menthe se manifeste la première) qui tourne autour d'un cœur discrètement fleuri. Cette phase subtile, délicate et presque imperceptible au premier abord vient donner un souffle noble à la composition avant qu'elle ne s'assoupisse en silence sur le fond chypré caractéristique des créations de M. et Mme d'Ornano, tandis qu'irradie tout au long de l'évolution une fraîcheur intense et sophistiquée.

En découvrant l'Eau de Sisley 2, j'ai eu l'impression de rencontrer le petit frère du superbe Ho Hang de Balenciaga (un modèle d'eau fraîche chyprée), modernisé et amplifié par ce cœur fleuri et la trame altière qui signe les parfums Sisley. Ils prennent un superbe coup de jeune avec ce lancement, et la quasi-garantie de son succès mesuré achève d'en faire un compagnon infiniment désirable.

lundi 10 mai 2010

Deci-Delà, Nina Ricci


Qu'un parfum arrive à connaître un succès fulgurant et mérité à sa sortie pour tomber en désuétude en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, cela ne laissera jamais de m'étonner.

C'est pourtant le triste destin de l'espiègle Deci-Delà de Nina Ricci qui, en 1994, mit sur le devant de la scène une note fruitée rieuse et cabotine que tant d'autres lui ont chipée depuis sans jamais, il faut bien le dire, parvenir à en tirer autant de fantaisie et de bonne humeur. Deci-Delà est un parfum joyeux, pétillant, qui évite astucieusement de se prendre au sérieux (le flacon bubble-gum de Garouste et Bonetti donnait, à ce sujet, un avant-goût assez évident), construit autour d'une framboise de petite fille posée sur une base pseudo-chyprée simpliste mais ravageuse. Rien de terriblement sophistiqué et même une indifférence certaine à la notion de prestige habituellement associée à la parfumerie, mais un résultat si tourbillonnant qu'on ne peut résister à la candeur de son sourire. A redécouvrir, comme on remonterait sur un manège de chevaux de bois en plein été !

lundi 3 mai 2010

Coco, Chanel


Je vois mal quel parfum parviendra un jour à détrôner Coco en tant que traduction olfactive du faste : tout ici évoque un luxe absolu, qui colle bien aux années fric pendant lesquelles il a vu le jour et qui est venu jusqu'à nous sans pourtant devenir obsolète, caricatural ou inadéquat.

La maison Chanel voulait un parfum qui illustre le sentiment ressenti en pénétrant dans l'appartement de la grande Mademoiselle rue Cambon : je n'ai hélas jamais eu ce privilège, mais pour avoir vu les photos de ce lieu mythique à plusieurs reprises, je crois qu'on comprend dès les premières notes que Jacques Polge, auteur de cette composition, a œuvré avec le talent suprême qu'on lui connaît pour remplir sa mission.

J'adore Coco. C'est un oriental, un vrai, gorgé d'ambre, de patchouli, de musc, embelli de fleurs et inauguré par une note de pamplemousse presque imperceptible qui lui permet d'éviter l'aspect collant d'Opium. On y retrouve la "patte" Chanel, cette indescriptible harmonie, cette rondeur, cette plénitude qui vous emplit les narines sans laisser le moindre interstice vide entre les notes qui s'enchaînent : tout est à sa place dans ce beau jus cognac qui laisse planer derrière celle qui le porte un sentiment de confiance et d'impertinence véritablement réjouissant.

C'est, parmi toutes les beautés de la maison, le parfum des jours de fête, celui qui se ressert une coupe de champagne et prend deux fois des petits fours. Effrontément décadent et pourtant élégant de la tête aux pieds. En un mot : admirable.