dimanche 6 juin 2010

Shalimar, Guerlain


Il est des cathédrales devant lesquelles on ne devrait rien dire, et face auxquelles il est pourtant impossible de garder le silence tant leur grandeur alimente cet éternel moteur de l'humanité qu'est la vanité : Shalimar, temple parmi les temples, en est le Saint Pierre.

Tout Guerlain est là, qui raconte une parfumerie française joyeuse, sophistiquée, sublime. De la vanille à profusion, un peu de fève tonka et de bergamote, des fleurs aussi... Un poème magistral, une caresse de féminité radieuse, le charme d'une odalisque en flacon. Shalimar incarne un orient langoureux, suave, tiède et fatal, et il faut admettre qu'aucun rival n'est jamais parvenu à le détrôner dans cette mission.

D'ailleurs, son faste total et singulier semble ne pas jouer dans la même cour que presque tout ce qui est sorti depuis : cela n'en fait pas le compagnon le plus facile à s'approprier, mais assied définitivement son statut d'icône suprême. Peut-être un peu désuet aujourd'hui, il n'en reste pas moins l'un des passages obligés de toute éducation olfactive digne de ce nom : tel la Princesse de Clèves en littérature, il touche à l'universel bien au delà de l'histoire qu'il raconte... Magique !