dimanche 5 septembre 2010

Bulgari pour Homme, Bulgari


1995, vous vous souvenez ? Le minimalisme, le revival Art Deco, le début du phénomène de globalization chez les marques de luxe, la tempête cK One un an auparavant... un moment charnière, en somme, qui va dessiner les contours du siècle nouveau déjà tout proche. En cette belle année, le joailler italien frappe un grand coup avec la sortie de son premier parfum masculin, sobrement appelé Bulgari pour Homme, qui va apprendre à ces messieurs qu'en matière olfactive, la discrétion n'est pas l'apanage des seules fougères et autres eaux de cologne.

Le parfum s'ouvre donc autour d'une délicieuse note de thé déjà mise en scène par Jean-Claude Ellena dans l'Eau parfumée qu'il avait composée pour la marque deux ans auparavant, enrobée d'un soupçon de bergamote, d'iris, de bois de gaïac et de cardamome : le départ n'est pas frais au sens ordinaire, mais lumineux, impeccable, éminemment élégant. Ces accords doux et aériens prennent une saveur considérable lorsque le fond commence à se développer : Bulgari pour Homme repose sur un lit de musc blanc et d'ambre qui lui confère un caractère suave, retenu et tout à fait unique à l'époque.

On ressent, sur le passage de l'homme qui le porte, un sentiment de séduction immédiat qu'on parvient difficilement à expliquer : je crois que le succès de Bulgari pour Homme tient à l'assemblage très naturel de facettes masculines, féminines et enfantines sous un aspect simplement propre ; c'est cette espèce d'innocence éclatante dénuée de mièvrerie qui, me semble-t-il, le rend si attachant.

Cela dit, il souffre beaucoup de l'excellence de sa composition : l'esthétique nouvelle, singulère, absolument contemporaine qu'il a imposée tout en délicatesse lui a valu d'avoir été décortiqué, trituré, désossé par tous les nez du monde, et on l'a retrouvé plus ou moins mal fagoté dans nombre de bougies parfumées, d'eaux d'été ou même de boutiques de vêtement en mal "d'identité olfactive", si bien qu'on en arrive presque aujourd'hui à lever les yeux au ciel lorsqu'on le sent à nouveau en s'interrogeant : "what else is new?"

Ce n'est pas là lui rendre l'hommage qu'il mérite : précurseur de velours, il incarne toujours selon moi l'ombre parfumée du gentleman des temps modernes, cet homme charmant qui se passe volontiers d'une panoplie rutilante pour séduire et avancer, et connaît la puissance d'un sourire, l'empire d'une caresse.

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