mercredi 13 octobre 2010

L'Air du temps, Nina Ricci


Lorsqu'on aime le parfum, on pourrait passer des journées entières à la recherche d'un nouveau compagnon, ou à choisir dans sa collection celui dont on se sent décidément le plus proche. Mais un autre plaisir qui s'offre à soi, pour la simple beauté du sport je crois, consiste à aller voir ce qui se passe de l'autre côté de la boutique, là où sont rangés les flacons consacrés au sexe opposé.

Voilà maintenant quelques années que je me régale de découvertes olfactives et j'ai, comme tout homme passionné par la discipline, trouvé au rayon femme des beautés qui m'ont fait sourire (Deci-Delà, Cabochard) ou chavirer (Coco). Je crois avoir soulevé le bouchon de tous les vaporisateurs les plus célèbres et m'être fait un avis sur eux dont je croyais avec candeur qu'il serait probablement définitif... Quelle erreur ! Je rentre à l'instant d'un petit tour au cours duquel l'envie de me pencher à nouveau sur L'Air du temps m'a chatouillé : je n'en suis toujours pas revenu !

A vrai dire, je n'en étais pas à mon coup d'essai. Je ne saurais dater les précédents, mais à plusieurs reprises déjà j'avais voulu m'intéresser à ce mythe et avais pourtant, à chaque fois, subi une déception de taille : il me semblait juste banal et terriblement daté.

Est-ce l'âge ? Je ne saurais le dire. Quoi qu'il en soit, et bien que ce mot soit plus souvent employé pour caractériser un homme, je lui ai aujourd'hui trouvé un charme total. L'Air du temps est un bouquet de fleurs lumineux, léger, souriant, qui remet les pendules à l'heure et rappelle ce qu'est la véritable élégance. J'ai été impressionné par son équilibre, sa capacité à marcher droit sans jamais verser qui dans la vulgarité, qui dans la mièvrerie. Je l'imagine accompagner les pas de la belle Anne Larsen, ce personnage de Françoise Sagan brillant d'intelligence, refusant de jouer sur le pouvoir ou les poncifs de son sexe pour n'en sortir, au bout du compte, que plus féminin. Il se cache, dans L'Air du temps, un peu de cet excellent esprit, à mille lieues de l'ennuyeuse bourgeoise qu'il a trop souvent habillée.

Après ce concert de louanges, un bémol toutefois : j'ai essayé l'eau de parfum actuelle à même ma peau et, deux heures après, son souffle n'est plus qu'un murmure, tandis qu'on sentait dès le départ des notes quasiment atténuées, presque vidées. Je crains fort qu'il ne fasse partie de ces prestigieux parfums dont les coûts de fabrication dispendieux et les règlementations de plus en plus strictes ont encouragé les marques à revoir leur partition. Par chance, ma mémoire est bien incapable de me rappeler une formulation plus riche, et me contraint à ressentir un simple mauvais pressentiment là où j'aurais pu crier au sacrilège.