samedi 4 décembre 2010

Givenchy III, Givenchy


Plus humble que Givenchy III, cela me semble difficile à trouver. Proposé pendant de longues années dans un flacon insignifiant, sous un nom qui peine à déchaîner les passions et s'ouvrant sur des notes fugaces rappelant une aquarelle, il faut une certaine dose de persévérance pour lui accorder sa chance, ou bien n'avoir connu que lui.

Derrière ces abords quelque peu décourageants se cache en réalité une rose ravissante. Le tableau évanescent des premières minutes, dans des tons vert d'eau, plutôt poivré, se dissipe peu à peu telle une nappe de brouillard et l'on avance comme sur une barque vers ce point focal invisible au départ : une rose à la fois nette et réservée, éclatante au milieu de ce climat humide. Le fond révèle une construction chyprée d'école : mousse de chêne, patchouli, vétiver, pas plus d'ingrédients qu'il n'en faut, pas moins non plus.

Givenchy III me fait immédiatement penser à Rose de Nuit (Serge Lutens) dans une version plus mystérieuse, plus diaphane, plus parisienne aussi. Il s'en dégage une impression de beauté policée : le sillage est à la fois présent et discret, l'exécution classique et remarquable. Paradoxalement, c'est cette sagesse relative qui en fait un parfum séduisant, car il ne manque pas de personnalité mais sait simplement ne pas abattre toutes ses cartes en quelques secondes. Son aspect pâle et éthéré, à la voix grave presque masculine, le rend beaucoup plus moderne qu'on aurait d'abord pu le croire. Il est heureux qu'après une courte période de disparition, Givenchy l'ait réédité.

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