mercredi 23 novembre 2011

Diorissimo, Dior


En voulant reproduire l'odeur si particulière du muguet, sa fleur favorite, le premier parfum de Christian Dior en retranscrit les différentes facettes : la délicatesse, le croquant, l'humidité, et toujours cette espèce de verdeur intense, ce caractère végétal respecté jusqu'à l'illusion. Diorissimo transpose, dès le premier souffle, l'espèce de grâce aristocratique qui caractérisait les robes du couturier, et il brille par une sensation bien rare en parfumerie : la lumière, qui inonde tout sur son passage.

Alors bien sûr, comme la plupart des parfums de fleurs blanches, il perd en douceur ce qu'il gagne en splendeur, et son sillage infiniment élégant trahit une époque aux manières révolues. Pourtant, à voir le nombre de nouveaux parfums qui reprennent le thème classique du soliflore vert aujourd'hui, on comprend que cette création d'Edmond Roudnitska, derrière son visage impassible et quelque peu conservateur, est finalement beaucoup plus moderne qu'on ne l'aurait d'abord pensé.

vendredi 18 novembre 2011

Candy, Prada

Chez Prada, on ne s'emmêle pas les pinceaux : Daniela Andrier veille sur la maison avec un souci de qualité qui, jusqu'à présent, n'a jamais été pris en défaut, et l'on retrouve dans chaque nouveauté une signature immédiatement reconnaissable, légèrement savonneuse et mate, qui colle bien à l'esprit intransigeant de la marque. D'ailleurs, Miuccia Prada elle-même le clame haut et fort : elle déteste l'idée de douceur, et ce n'est pas par hasard si chacun de ses parfums revêt cet aspect simplement propre, à plus ou moins forte dose.

Alors, pourquoi Candy ? Prada confiseur, voilà qui est inattendu, et qui "ne colle pas", si l'on se permet un jeu de mots, d'autant plus qu'entre Angel, Lolita Lempicka et autre Miss Dior Chérie, il y a bien longtemps qu'on ne compte plus les crises de foie parfumées. Eh bien justement, c'est ce que s'est employée à détourner Daniela Andrier, en fabriquant une note de sucre caramélisé directement associée à la touche savonneuse habituelle et qui, ainsi, ne colle pas. Candy est un parfum pseudo-gourmand qui ne vient pas vous engluer les narines à grands renforts de barbapapa et réussit le prodige de susciter, par sa retenue, une véritable et irrépressible gourmandise. C'est le fruit de l'audace et de l'intelligence : avec lui, Prada dispose désormais d'un parfum joyeux et espiègle qui ne prend pas ses jeunes clientes pour des godiches.

lundi 14 novembre 2011

Valentina, Valentino

Valentino renaît depuis que la direction des collections a été confiée à Pier Paolo Piccioli et Maria Grazia Chiuri, et de la plus belle manière qui soit : leurs modèles, empreints d'une grâce adolescente stupéfiante de féminité, enchante la planète mode un peu plus chaque saison, et ce n'est pas sans ardeur que l'on attendait le premier parfum maison nouvelle génération. Quelle déception !

Un peu d'agrumes pour la clarté au départ, un peu de fleurs ensuite pour faire joli, un peu d'ambre et de cèdre enfin pour la douceur, cette douceur Valentino si majestueuse quand il s'agit du tombé d'une robe ou du décolleté d'un chemisier, et ici simplement plate, convenue, déjà sentie ailleurs et sans aucun caractère. Olivier Cresp et Alberto Morillas chez Puig passent complètement à côté du sujet avec un jus pour fifille de bonne famille qui a pour seul mérite une indéniable délicatesse. L'emprunt à Marc Jacobs des fleurs en plastique sur le flacon achève l'ouvrage, et l'on espère vivement que le tir sera corrigé au prochain lancement.

vendredi 11 novembre 2011

Violet Blonde, Tom Ford

Puisque Procter & Gamble s'est employé à effacer toute trace du passage de Tom Ford chez Gucci en supprimant un à un chacun des parfums sortis à l'époque où le couturier américain dirigeait la maison italienne, il semble de bonne guerre que celui-ci reprenne à son compte les recettes qu'il avait mises au point et qui lui avaient valu le succès que l'on sait. Ainsi cet automne, voici Violet Blonde, le fantôme de la magnifique Eau de Parfum Gucci, une composition nocturne épatante et moderne qui faisait le grand écart entre l'héliotrope et le musc.

Là où le premier réussissait à livrer un effet compact, riche et caressant, le petit nouveau insiste sur un aspect beaucoup plus cosmétique et hautain. En tête, une note verte décidément très à la mode vient apporter une touche luxueuse presque sévère : on décèle en effet un trait de violette, la note suraiguë de la parfumerie, avant de retrouver l'héliotrope de la composition de départ. Puis, très rapidement, c'est le déballage de salle de bains : le bâton de rouge, le vernis et surtout la laque, tout un attirail en définitive plutôt daté, est évoqué par une insistance forte sur la note d'iris qui traverse le parfum de bout en bout. Un juste dosage de cèdre et de vétiver empêche cependant de tomber dans une esthétique poulette : Violet Blonde est le parfum d'une femme qui aime se faire belle mais ne laisse pas au premier venu le privilège d'en profiter. Par les temps qui courent, c'est un mérite qu'on ne manquera pas de saluer, cependant il paraît difficile d'oublier que ce Violet Blonde, aussi réussi soit-il, reste un très bel exercice de recyclage, une fois de plus : on se prend à rêver que Tom Ford, pour ses prochains lancements, n'oublie pas l'essentiel : inventer.

dimanche 6 novembre 2011

Duel, Annick Goutal


Il n'est pas aisé de créer des parfums qui n'ont, en soi, rien d'original et qui pourtant s'en tiennent à des codes si fermement établis qu'on y décèle, immanquablement, une patte. Voilà, en somme, la magie d'Annick Goutal, chantre du parfum bourgeois qui flotte dans l'air propret des bonnes maisons.

Si la marque enchaîne depuis trente ans des lancements aussi discrets que classiques, elle semble cependant avoir su faire preuve d'une certaine audace avec deux de ses parfums masculins : Vetiver et Sables qui, chacun, accompagnent celui qui le portent de leur sillage brûlant. On pouvait espérer, à l'annonce d'un nouveau venu nommé Duel, quelque chose d'au moins aussi tonitruant : il n'en est rien.

Ce qui caractérise Duel avant tout, c'est une impression très marquée de transparence. Les notes de départ sont pour ainsi dire imperceptibles, extrêmement aériennes, vaguement fruitées... on croirait presque qu'il ne va pas vivre une heure. Cette étape passée, apparaît soudain le coeur du parfum : un accord iris-bois extrêmement fin et délicat qui n'est pas sans rappeler, par cette précision et cette économie, certains goûts présents dans la cuisine japonaise. L'accord en question, appuyé par un musc qui réussit le miracle de ne jamais verser dans l'onctuosité, dure bien au delà de ce qu'on aurait d'abord pu penser, et fait de ce Duel un parfum boisé timide mais joli qui, par sa douceur un peu sèche, annonce Mandragore. Il a le caractère soigné et élégant des autres parfums de la marque, à cent lieues de ce qui sort chez à peu près toute la concurrence, mais souffre quand même, en fin de compte, d'une voix cruellement fluette. A recommander à ceux qui ne veulent fâcher personne.

mercredi 2 novembre 2011

Eau de Rochas, Rochas


Si l'on s'amuse à chercher, chez chaque parfumeur, quel est le parfum qui incarne le mieux l'esprit maison, on s'aperçoit très vite que le réflexe fera citer un grand chypre (Miss Dior), un fameux oriental (Shalimar), un cuir hautain (Bel-Ami) ou un fastueux floral (N°5). Jamais ou presque il ne vient à l'esprit qu'un parfum frais puisse tenir ce rang, et pour cause : dans la plupart des cas, ce type de parfum est conçu pour accompagner, avec autant de légèreté que possible, la chaleur des jours d'été, et s'assurer que les clients de la marque lui restent bien fidèles lorsqu'arrivent les beaux jours. C'est exactement dans cette logique qu'Eau de Rochas a été lancé en 1970, et Rochas était alors sans doute loin d'imaginer que cette eau fraîche puisse se vendre, plus de quarante ans après son lancement, infiniment plus que d'autres parfums maison plus capiteux.

En réalité, le succès jamais démenti d'Eau de Rochas tient justement de l'intelligence de sa composition qui, sans jamais laisser s'évaporer la fraîcheur initiale, repose toutefois sur l'une des plus belles bases chyprées de toute l'industrie et lui confère une tenue et une espèce de richesse olfactive qui rivalisent sans démériter avec celles de cousins floraux ou cuirs plus opulents. Eau de Rochas pétille et rebondit dans les narines comme un verre d'eau glacée qu'on vous balance au visage en plein juillet, et réussit un numéro d'équilibriste qui consiste à faire durer la tonicité des agrumes grâce à un accord vétiver-mousse de chêne qui lui apporte juste ce qu'il faut d'âcreté.

C'est un parfum d'une grande cohérence, vivifiant, qui promène un sillage facilement reconnaissable malgré le classicisme invétéré de son style. Parangon d'élégance, il fait partie des rares parfums vers lesquels, sincèrement, on veut revenir après qu'on en a épuisé un premier flacon. Superbe.