dimanche 6 novembre 2011

Duel, Annick Goutal


Il n'est pas aisé de créer des parfums qui n'ont, en soi, rien d'original et qui pourtant s'en tiennent à des codes si fermement établis qu'on y décèle, immanquablement, une patte. Voilà, en somme, la magie d'Annick Goutal, chantre du parfum bourgeois qui flotte dans l'air propret des bonnes maisons.

Si la marque enchaîne depuis trente ans des lancements aussi discrets que classiques, elle semble cependant avoir su faire preuve d'une certaine audace avec deux de ses parfums masculins : Vetiver et Sables qui, chacun, accompagnent celui qui le portent de leur sillage brûlant. On pouvait espérer, à l'annonce d'un nouveau venu nommé Duel, quelque chose d'au moins aussi tonitruant : il n'en est rien.

Ce qui caractérise Duel avant tout, c'est une impression très marquée de transparence. Les notes de départ sont pour ainsi dire imperceptibles, extrêmement aériennes, vaguement fruitées... on croirait presque qu'il ne va pas vivre une heure. Cette étape passée, apparaît soudain le coeur du parfum : un accord iris-bois extrêmement fin et délicat qui n'est pas sans rappeler, par cette précision et cette économie, certains goûts présents dans la cuisine japonaise. L'accord en question, appuyé par un musc qui réussit le miracle de ne jamais verser dans l'onctuosité, dure bien au delà de ce qu'on aurait d'abord pu penser, et fait de ce Duel un parfum boisé timide mais joli qui, par sa douceur un peu sèche, annonce Mandragore. Il a le caractère soigné et élégant des autres parfums de la marque, à cent lieues de ce qui sort chez à peu près toute la concurrence, mais souffre quand même, en fin de compte, d'une voix cruellement fluette. A recommander à ceux qui ne veulent fâcher personne.

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