lundi 19 août 2013

N°22, Chanel

Le N°22 de Chanel faisait partie des essais proposés par Ernest Beaux à la couturière lors de la sortie du N°5. On ne s'étonne donc pas de leur ressemblance frappante, et en effet le N°22 est une sorte de N°5 qui, las de l'ambiance dorée de la fête au salon, sort prendre un peu l'air sur la terrasse. Mettant l'accent sur les aldéhydes et la blancheur de la formule, il se distingue de son illustre aîné par un tempérament plus diaphane, un teint rose pâle, un sourire vague et rêveur.

Il a été dit et écrit en bien des endroits qu'un homme pouvait à l'occasion se l'approprier sans honte : je n'y vois certes aucun inconvénient, mais l'idée paraît saugrenue. Le N°22 est en tous points la petite soeur fraîche aux cheveux relâchés qui laisse planer derrière elle l'intense sortilège qui captive l'instinct mâle depuis la nuit des temps : innocente, son mystère n'a d'égal que sa puissance.

Ce beau parfum gagne en pureté à mesure que passent les heures, et semble fait pour atteindre tout son équilibre au moment d'aller se coucher : après l'insouciante légèreté qu'il a diffusée tout le jour, il devient alors un philtre irrésistible et dévoile, après des notes de métal, de poudre et de talc, une odeur de peau que l'on meurt de caresser. Jamais pourtant, même au moment de cet abandon, il ne quitte son imperturbable distinction. Chanceux celui qui le rencontre dans l'alcôve...

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