dimanche 15 septembre 2013

Pour Homme, Bottega Veneta

Pour une marque de luxe, la sortie d'un premier parfum remplit une fonction bien précise. Dans de nombreux cas, c'est très prosaïque : il s'agit de remplir les caisses de l'entreprise rapidement en profitant d'une notoriété croissante, et le cahier des charges s'en ressent. Le parfumeur chargé de traduire en odeur l'identité de la maison évite les sentiers de traverse et emprunte plutôt les autoroutes d'un succès facile ; ainsi, chez Repetto cette année, a-t-on eu droit à un énième pseudo-chypre fruité : c'est sans grand risque, ça plaît, ça marche. Dans d'autres cas, la marque se mouille davantage, et tâche au contraire de se démarquer par des choix beaucoup plus audacieux. Ca peut être un jeu casse-gueule (Balenciaga et sa violette qui a peiné à convaincre), mais quand ça fonctionne, c'est le jackpot (Angel chez Thierry Mugler, Lolita Lempicka). Et puis il existe un troisième cas de figure, plus rare car vraiment dangereux dans un marché aussi concurrentiel que la parfumerie : celui de la marque qui, coûte que coûte, veille à ce que son premier parfum colle à l'image qu'elle s'est patiemment fabriquée, quitte à ce que, par ce positionnement exclusif, elle doive se satisfaire de retombées financières moindres. Après la sortie d'un premier parfum pour femme extrêmement distingué, élégant et discret, il semble clair, avec l'arrivée en cette rentrée d'un masculin du même acabit, que c'est cette troisième option qui a été choisie chez Bottega Veneta.

La marque de maroquinerie et de mode italienne s'est spécialisée dans des créations dans l'air du temps qui pourtant évitent les effets de saison : on pourrait en dire autant de ce parfum masculin dont la ressemblance la plus évidente avec un autre déjà connu est le Jazz d'Yves Saint Laurent : comme référence, on pouvait choisir plus simple ! On retrouve ainsi notamment la sauge et les baies, le patchouli et une délicieuse note de cuir travaillée avec le talent habituel de Daniela Andrier. C'est elle qui, en compagnie d'Antoine Maisondieu, a mis au point cette formule, en sachant retranscrire avec fidélité l'aura luxueuse de la maison vénitienne. Elle a choisi une famille olfactive—les cuirs—qui assure rarement de se retrouver en tête des ventes, mais est parvenue une nouvelle fois, comme elle l'avait fait chez Prada avec Amber pour homme, à concevoir un parfum moderne et immédiatement classique. Ainsi, cette partition aromatique cuirée me rappelle-t-elle aussi le sublime Derby de Guerlain, dont elle a en quelque sorte ramassé les notes sur une ou deux octaves : là où Derby étalait sa grande tessiture, Bottega Veneta arrondit les angles par un effet de musc (pourtant absent des notes recensées dans la composition officielle) qui caresse le nez par sa douceur caractéristique. Ce traitement contemporain d'un thème parfumé très 80s permet de retrouver l'ambiance virile qui faisait fureur alors (Jules, Tsar...) dans une version atténuée que l'on pourrait, avec humour, appeler "politiquement correcte". En cela, mon esprit soucieux de ces choses s'amuse de ce que l'un des meilleurs parfums pour homme de ces dernières années soit le fruit du travail d'une femme : je ne pense pas qu'un homme se serait tiré de l'opération avec la même finesse. Quoiqu'il en soit, voilà une nouveauté fort réussie, à laquelle je souhaite un succès mérité.

1 commentaire:

  1. Je viens de lire votre post et je suis content de voir qu'il vous a séduit aussi :)
    Alors, longue vie a Bottega Venetta pour Homme!
    En espérant qu'il en inspire bien d'autres...

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